Dimanche
13 décembre 2009
Retour à Venezia, en prélude à Venice
C'est
rigolo les déclics et leurs conséquences inattendues. Un jour, au
boulot, je parle
à une collègue (que j'apprécie de moins en moins depuis que je me rends
compte qu'elle a souvent des idées super généreuses qu'elle demande
uniquement aux autres d'appliquer.... sans compter les fois où elle se
sert dans mon assiette sans demander, ou en demandant au moment où elle
met sa fourchette dans mon assiette ce
qui revient au même... zut je commence cette entrée par une parenthèse
à rallonge), je disais donc que je parle à une collègue de mon cousin Greg qui vit en
Californie. J'ajoute de manière un peu vague que j'aimerais en profiter
pour aller visiter cet État un jour. Elle me dit "ben vas-y
sinon tu ne le feras jamais". Elle
est mère depuis un an donc j'imagine bien qu'elle a un autre point de
vue que le mien sur ce qu'il est possible (plus ou moins facilement) de
faire mais je me dis qu'elle a raison, je ne dois pas
attendre de trouver le bon moment pour y aller mais le trouver dès
maintenant.
Je regarde mon emploi du temps, me coordonne avec mon cousin, avec Roberto aussi
(poser des vacances avec quatre mois d'avance n'est pas trop un souci)
et je contacte mes amis californiens, ceux que j'avais vus à Venise en février. Réponse de leur
part "Viens, on t'accueille avec plaisir. Au fait, on retourne à
Venise, alors si tu veux venir...". Je regarde sur les deux week-ends
où ils sont sur place, rien de particulier de prévu pour un des deux,
donc je prends un billet un
peu au débotté. Puisque c'est la période budgétaire, il est un peu
difficile de
prendre une journée de congé (plus par solidarité que par cause de vrai
boulot de mon côté) aussi ce sera via un train de nuit.
Vendredi soir, j'arrive en gare avec mon petit sac à dos (je ne passe qu'une nuit sur place), un sac de couchage et je suis propre comme un sou neuf (je ne sais pas trop quand la prochaine douche aura lieu... ça rappelle un départ en GN, tiens) et sans lentilles. Cela fait une éternité que je n'ai pas pris de train de nuit... vingt ans je dirais. Je me rappelle qu'avant, on allait "souvent" en Allemagne comme cela avec ma mère. Le train allait jusqu'à Varsovie, cela me faisait rêver et peur en même temps (si je ratais mon arrêt...). Un peu plus tard, je me rappelle avoir fait un Paris-Francfort en train seul avec ma sœur (je devais avoir 16 ans et elle 13 à vue de nez, ceci est un message pour tous les parents qui ont peur pour leurs enfants et sont paranos à ce sujet... à l'époque il n'y avait pas de téléphone portable en plus), correspondance à Francfort Hbf à 7h du matin, dix minutes de battement et le premier train qui arrive un peu en retard. Je n'étais pas à l'aise mais on était arrivés sans encombre, la famille d'accueil de ma sœur venant la chercher à Kassel pendant que moi je continuais vers le nord. Ma seule erreur a été de descendre à la première station "Kassel" (Wilhemshöhe et non Hauptbahnhof), mais une voyageuse m'a dit que je devais sans doute sortir plus tard, elle avait raison et j'avais eu raison de l'écouter pour éviter de descendre trop tôt, précipitamment. Une autre fois (?) en tout cas au retour, je me rappelle attendre mon train à Hamm, entendre un blabla dans les hauts parleurs (déjà que le son n'est pas assez clair pour comprendre en français alors en allemand...) et voir un train arriver sur la voie d'en face. C'était mon train et pas du tout dans la disposition annoncée (ni sur le bon quai). Heureusement, j'avais capté qu'il fallait monter dedans, j'ai juste eu du mal à trouver ma couchette. J'avais croisé une classe de lycéens français : un gars me voyant errer me dit "ben si tu veux, on t'héberge, y a pas de souci" "euh non mais j'ai une place" "ahhh, ben ça va alors". C'est à croire que mes voyages en train de nuit sont limités à l'Allemagne. En fait, ce n'est pas vrai, en quatrième j'étais allé aussi une petite semaine à Rome, en train également. J'ai plutôt de bons souvenirs de ces voyages à me faire bercer par le rythme et le bruit des roues sur les rails.
Retour en 2009. J'ai choisi une couchette dans une cabine à quatre. La différence de prix avec celle à 6 est minime (16 francs) et j'imagine mal qu'on ne soit pas plusieurs dans un voyage en train de nuit, cela fait partie de "l'expérience" tout de même. Joie au départ, je suis tout seul (oui Toikimeli, j'ai le droit de ne pas être cohérent et de vouloir être en groupe tout en me réjouissant d'être tout seul). Le contrôleur composte mon billet et prend mon passeport. J'avais oublié ce genre de détails... je n'aime pas qu'on prenne mon passeport, c'est le genre de documents que je ne quitte jamais. Je profite du temps libre pour faire mon lit (en haut) ; la couchette est assez étroite, il faut bien le reconnaître. Une demi-heure après, je ne suis plus seul dans le compartiment (fallait pas rêver non plus). Une femme francophone et un Italien m'ont rejoint. Arrive peu après un autre Italien. Personne ne fait de vieux os et on éteint la lumière assez vite. Pendant quasiment deux heures, je me dis "je me lève tôt, il faudrait que je m'endorme là maintenant". Et bien entendu, cela ne marche pas vraiment. Peu avant cinq heures, nous sommes réveillés par le contrôleur qui nous annonce notre arrivée imminente à Bologne. Imminente, il faut le dire vite, on a trente minutes (en comptant les dix minutes de retard du train). Je prends le petit pain et dis non au café puis descends sur le quai. J'ai trente minutes avant ma correspondance pour Venise et je compte prendre un petit déjeuner dans un café. Peine perdue, rien n'est ouvert à 5h30 et je me rabats sur le petit pain donné dans le train. Vers six heures, je repars. Je suis accompagné par une bande de trois jeunes (autour de vingt ans) qui s'arrêtent avant moi. Entre deux moments où je dors, je tente de capter ce qu'ils disent et des fois cela marche (j'admets que "ho freddo" c'est pas dur à comprendre). J'ai réussi à un peu me reposer quand même quand j'arrive à Santa Lucia peu après huit heures. Il n'y a personne sur les marches de la gare, cela fait comme un contraste avec l'hiver dernier. Le temps est sec mais alors vraiment gris c'est triste. Je passe le pont pour récupérer mon titre de transport en commun puis retrouve mes deux amis un peu plus loin. Je leur avais dit que ce n'était pas la peine de se déplacer si loin et si tôt (même si je sais qu'ils sont du genre à tomber du lit), en vain.
Ils
me racontent qu'ils ont fait la bringue hier dans un pub irlandais
jusqu'à deux heures du matin et qu'ils sont un peu fatigués. Et aussi
un peu malades. Il se passe la même chose que la fois dernière, ils
connaissent si bien la ville que je les suis sans vraiment trop savoir
où je suis, du coup je suis complètement perdu. On s'arrête en chemin
pour boire un coup. Je prends un chocolat que je n'apprécie pas, la
version locale étant très épaisse, limite cela se mange plus que cela
ne se boit. Ensuite, près du marché au poisson, nous allons dans
l'échoppe du restaurateur qui est aussi bassiste (dans le groupe de la
veille au pub, tu suis Toikimeli ?) et qui fait d'excellents cicchetti
(les tapas du coin).
L'avantage de se lever tôt, c'est qu'on peut manger du poisson avant
dix heures sans trop faire la moue. On évoque la soirée de la veille et
mes amis me re-présentent à nouveau (j'avais déjà vu le gars en
février) : "He's coming from Switzerland". Pour préciser, je dis "I'm
French, you know" "Yes sweetie, we know, it's kinda obvious with your
accent". Moui de là à faire la distinction entre un Français et un
Suisse francophone, je doute. Mais je veux bien admettre que mon
leuvely aczent me trahit distingue
Mes amis sont trop fatigués pour faire un tour à Burano alors on tourne
simplement en ville en n'allant dans pas trop de bars (cela change)
mais en repicorant des cicchetti puis en faisant des courses pour le
soir ou en mangeant une pizza le midi. On passe aussi chez un
bouquiniste tendance capharnaüm.
L'après-midi,
tout le monde est assez fatigué pour faire une sieste et
je ne vais pas dire non. Le soir, nous sommes en quête de castradina,
le plat du week-end (à base de mouton et chou) puisque c'est la Festa della Salute
et l'occasion de célébrer la fin de la peste. La
quête est difficile car il est bien tard déjà. Par chance, on trouve un
restaurant à qui il reste une part qui m'est attribuée (mes amis en ont
déjà mangé avant mon arrivée). C'est pas mauvais, cela fait un peu
potée au chou (et au mouton).
Un peu plus tard, on se rend (à deux, l'autre préférant se reposer à
l'appartement) à l'église de la Salute. Plein de marchands de cierges
en dehors, pas trop trop de monde dedans pour la cérémonie. On repart
via le pont temporaire construit spécialement pour l'occasion puis on
rentre à la maison où on ne fait pas de vieux os.
Le lendemain, on me réveille vers sept heures, j'ai un peu de mal, je dois bien l'avouer. Et encore, il s'est retenu de ne pas se lever plus tôt, cela fait un moment qu'il est éveillé. J'ai mal dormi c'est entre autres dû à un moustique qui, outre faire du bruit dans mes oreilles, m'a piqué à l'arcarde sourcilière (je me quasimodo-ise). Rien à manger dans l'appartement alors on va prendre un petit déjeuner dehors. Les rues de la ville sont vides ou presque et mon oeil aiguisé (hum) trouve un endroit où on peut se restaurer. Ensuite, nous nous séparons à nouveau et je me rends vers Piazza San Marco (lever des drapeaux) puis vers l'Accademia pour voir une exposition temporaire sur de Vinci (un seul croquis, c'est très décevant...) et le reste de l'exposition permanente. On passe devant le musée Guggenheim mais sans s'y arrêter : pas mal de monde, pas trop de temps, je ne suis pas fan d'art contemporain, et puis l'entrée coûte douze euro. On reprend le pont temporaire puis on reste au bord de l'eau en direction de l'appartement. On s'arrête dans un des bâtiments de la Biennale (si je me trompe pas). De retour chez nous, on va manger en ville puis il est déjà temps pour moi de partir. Ils me laissent rejoindre le vaporetto et je retraverse toute la ville jusqu'à la gare. Le voyage est un peu long, avec moult contrôles (policiers, contrôleurs, stup) dans un train tout neuf.
Le temps sera resté gris de bout en bout c'est dommage. Et j'ai aussi l'impression de très mal connaître Venise puisque je n'ai pas bien étudié le parcours. J'ajoute à cela la petite maladie de mes amis (j'ai peur qu'ils me l'aient refilé alors que ce ne serait vraiment pas le moment, j'ai de l'entraînement à prévoir) et le timing un peu particulier (et court). Bref sentiment mitigé. Mais je me dis que dans le futur, je serai très content d'avoir fait cette petite virée d'un week-end pour Venise, c'est le genre de trucs qui reste en tête et c'est une chance d'avoir l'occasion d'y aller et de se le permettre, bordel. Surtout quand la mort du train de nuit entre la Suisse et l'Italie est programmée pour bientôt... à savoir pour le 13 décembre 2009, soit le jour où j'écris ces lignes.