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Les cogitations de Cegosum

Lundi 31 janvier 2005

Penser au brave déporté qui s'est fait tuer loin d'chez lui



Un titre qui tente d'allier deux choses comme dans mon entrée, mais de manière juxtaposée et donc plus casse-gueule

Ca faisait un moment que je voulais écrire mais la semaine dernière entre le boulot qui se crispe et quelques sorties, je n'ai pas trop pris le temps de le faire. En ces temps où certains arrêtent ou ne postent quasiment plus "Manquerait plus que Cegosum tire sa révérence" comme l'a écrit Kobal2 la semaine dernière (un jour riche en clins d'oeil d'ailleurs) ce qui m'a fait marrer au moins toute la matinée, merci.
Chez LOJT, la situation ne va pas très bien donc les gens ont peur et se braquent.. et je remplis des tableaux dans tous les sens. Alors quand je m'échappe, je vais souvent au cinéma (bientôt mon classement 2004 au fait, il me reste un peu de peaufinage à faire) et à des concerts.

J'ai eu la chance d'aller voir Fredo le leader des Ogres chantant Renaud en acoustique avec quelques compagnons. J'ai bien écrit "chance" car cette mini-tournée, le temps d'une éclipse de son groupe principal, a été raccourcie à cause de ses problèmes de santé. Il n'a pu jouer que deux jours en fait avant de retourner se reposer et ça m'attriste vraiment. C'est pour ça que cette soirée parisienne, où une personne avec une vraie voix reprend de vieux morceaux (et rarement les plus connus) de Renaud, reste gravée dans ma mémoire. La plus récente chanson a dix ans et le reste part dans le plus ancien, en balayant les différents types de chansons : militant, émotion, blagueuse, sociale... Tout le monde reprend en choeur, on voit bien que Renaud a bercé notre enfance. J'en profite pour faire partager quelques fragments de concerts à Taupe, expert s'il en est. Au final, une excellente soirée, avec du Renaud sans Renaud mais en bien mieux (Fredo ne se privant d'émettre quelques réserves sur le Renaud d'aujourd'hui). Il manque quelques chansons incontournables mais on ne peut pas tout mettre... et puis finir sur "Rue de Panam" des Ogres que tout le monde attendait apparemment c'est un moment magique. Dommage que plus de gens n'aient pas pu en profiter, y a pas que les platanes qui sont trop cons, les maladies chroniques aussi.
Quelques jours plus tard, c'était Aldebert dans une mythique salle parisienne. Une salle comble, des invités à foison, plein de musiciens sur scène, deux heures et demi de spectacle.... le grand jeu quoi. Leur plus grand concert à mes yeux même si ce n'est pas mon meilleur dans cette salle... car le niveau de comparaison est élevé. N'empêche que c'était excellent et que leur succès monte ; ça fait d'ailleurs près de deux ans que j'en parle et que je dis que c'est un artiste à suivre.

Dans un livre que j'ai terminé récemment, le héros rassemble les papiers de son père qui vient de mourir (je change un peu les détails pour éviter les "spoilers", parce que je déteste gâcher le plaisir.. mais j'ai besoin de rappeler les circonstances tout de même). Le héros était au chevet de son père et l'a vu passer ses derniers jours à finir son journal, attendu par un éditeur. Les dernières pages sont une condamnation sans appel du héros par son père et le héros, regardant les écrits avant tout le monde, arrache ces pages, donne le reste à l'éditeur (qui accepte sans trop de question le prétexte donné sur les pages manquantes) et va brûler le papier. Ma mère a aussi terminé ce livre et elle me dit "J'aurais fait comme le héros, moi". Je réponds avec un sourire "Je n'en doutais pas une seconde, tu sais. Et je parie que tu aurais fait ça sans aucun remords". "Aucun effectivement. Ton père, lui, il aurait laissé ce passage" "Me concernant, je ne sais pas trop, je les aurais peut-être arrachées, mais en gardant une mauvaise conscience." Cette confirmation de ce que je pensais me donne un peu froid dans le dos tout de même. Ma mère prétend que "ça regarde le héros et son père, pas les autres" et je sais que ce n'est pas parce que l'écrit vient d'un mort qu'il exprime forcément LA vérité. Mais ça confirme que mon père est assez soupe au lait mais plutôt compréhensif (dans une certaine mesure, si on l'embête trop, il ne passera pas l'éponge facilement) alors que ma mère est bien plus rancunière, même si elle ne s'énerve jamais et ne hausse jamais le ton. Ce qui me met mal à l'aise aussi c'est ma propre réaction, le "je le fais mais j'aime pas me voir faire ça", comme si j'étais entre les deux.. Etrange comment une oeuvre de fiction (ou pas...) nous révèle.

A propos de mémoire... Je vais pour une fois céder aux sirènes de l'actualité, même si j'ai le sentiment que les médias en ont fait un peu des tonnes dans la commémoration de la libération d'Auschwitz. Remarque Toikimeli, c'était pareil pour celle du débarquement en juin dernier.. Passage de relais car les derniers survivants seront bien moins nombreux dans dix ans ou "on marque le coup et ensuite on passe à autre chose, parce qu'on n'a pas que ça à faire"? Je me rends compte que je regarde très peu la télé (j'ai quelques rendez vous quotidiens ou hebdomadaires réguliers mais à part ça, rien) et que je n'ai pas trop subi ce "trop plein" de commémorationnite.
Je me rappelle, je devais avoir treize ans. Nous étions en famille tous les quatre près de Munich chez un collègue de mon père. Un mec bizarre plus âgé que mes parents et moins mûr que ma petite soeur (trois ans et demi de moins que moi). Un jour, dans le cadre des visites du coin, nos parents nous ont emmenés à Dachau. Je ne me souviens plus quelles précautions ils avaient prises à part éviter de voir les films car pour les enfants c'était sans doute un peu trop dur (un film est il moins dur que des photos?? vaste sujet... Plus proche du réel sans doute et par là même moins symbolique). Je me rends compte que j'étais jeune mais je ne l'ai pas mal vécu (ni "bien" vécu, si ça peut te rassurer). Sans doute car on en avait parlé un peu avant. Dachau c'est le premier camp (de travail au début) créé dès 1933 pour emprisonner les opposants au régime. Même si ce ne fut pas uniquement un camp d'extermination, beaucoup de personnes y furent déportées et y moururent. (mauvais traitements, exécutions, travaux, expérimentations...). J'ai quelques bribes de souvenirs, notamment de l'exposition à l'intérieur du camp. Bien sûr on est marqué par la sculpture "Plus jamais ça" à l'entrée, mais ce qui est étonnant c'est le système de classification très logique sur les classes de prisonniers. Si on va dans le cliché, on peut même dire que c'est d'une organisation très germanique, entre les couleurs et les figures géométriques. Une photo m'a vraiment marquée, c'est la pyramide de chaussures faites à la libération du camp : une chaussure pour une victime.. et la pyramide est sacrément élevée. Ca parle bien plus que des chiffres. Il y a aussi certains regards vides sur des corps décharnés qui restent en mémoire. Et même maintenant, avec un frisson qui me parcoure l'échine, je remercie mes parents de m'y avoir emmené (et préparé, j'en suis sur) et je me demande ce que pouvait être la vie là bas, à cette époque.

Commentaire(s) :
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"Sur la photo massicotée façon ptit Lu
Y a tes deux arrière-grands parents buste tendu
Comment c'était dans le monde sépia?
Comment c'était la vie d'avant, la vie en noir et blanc?"
Aldebert

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