Vendredi 21 janvier 2005
Pas un réveillon (tant mieux)
30 décembre (oui je sais, Toikimeli, je suis très décalé dans mon récit, désolé), après avoir rédigé
une entrée, je cours vers la gare pour arriver en avance pour mon train. Il était écrit "venir au moins trente minutes avant" et ça m'avait un peu étonné je dois dire.
J'arrive dans un coin inconnu de la gare, car le quai est sur le côté et plus
haut que le reste de la gare. Je m'arrête un peu pour observer les gens
(et je me rends compte à l'instant que mon appareil fait en plus d'une
photo de taille normale, une photo réduite pour les envois par mail,
ce que je savais.. mais que cette mini-photo que je mets en ligne est bien
plus floue que la "vraie").
Et tout d'un coup, je comprends pourquoi il faut venir si tôt : le contrôle
des bagages ou des passeports est digne de celui d'un aéroport. Dire
que pour aller en Belgique, ça se passe sans toutes ses formalités...
Enfin, on passe tout ça sans encombre jusqu'à un sas qui s'ouvre
pour nous laisser monter à bord. "Le train démarre, le
paysage aussi". Ca fera le dernier voyage d'une année bien chargée.

Dans le train, j'arrive tant bien que mal à ne plus faire attention à toutes ces personnes qui ont le besoin irrépressible de se lever toutes les vingt minutes et me plonge dans 'Les trois médecins' de Martin Winkler (oui oui j'ai déjà parlé de lui ici) et je me dis que le souvenir de ce livre va être lié à mon voyage.. puisque je l'ai fini au retour de Londres. J'avais adoré "La maladie de Sachs", notamment pour son côté "journal intime" (d'ailleurs Martin Winkler est assez impliqué dans cette activité, notamment sur le net) et j'ai eu un grand plaisir à lire ce "Vingt avant" sur un mode narratif très proche des Trois mousquetaires. On s'amuse à chercher qui est qui, à voir les résonances entre les livres (Milady, les ferrets...). Forcément au bout d'un moment, les liaisons sont un peu tirées par les cheveux voire s'accommodent mal avec la situation des années soixante-dix (et la lutte pour les droits des femmes et le droit à l'avortement). Roman d'aventures (épique) et journal intime (banal), ça a du mal à se mélanger à la longue. J'ai pris néanmoins beaucoup de plaisir à le lire... et l'image renvoyée de la (formation en) médecine n'est pas idéale.. Je ne sais pas si c'est (toujours) vrai et je suis bien au courant que c'est un des chevaux de bataille de Martin. N'empêche...
Nous arrivons à Waterloo et je repère immédiatement Fabio. On s'embrasse et se dirige vers la sortie.
Il va vers les taxis et je lui demande si c'est bien nécessaire sachant qu'il
habite à quatre stations de métro (et que les bagages sont assez légers).
Il répond que c'est plus simple et quand je propose de payer ou partager les
frais, il me renvoie un "Fais pas chier" si typique. Pour ceux qui ne le connaissent
pas (tout le monde en fait) c'est une phrase récurrente signifiant
"T'occupe, c'est pour moi/C'est moi qui décide.." et n'acceptant
aucune réponse autre que "D'accord". en gros le premier qui
le dit a raison. Au bout de trois fois où il m'a invité pendant
le week-end, je lui ai renvoyé sa phrase dans les gencives et il a
accepté, bien forcé..
Nous prenons donc le taxi et devisons joyeusement... J'ai lu quelque part
que les cinéastes français qui veulent parler d'une ville proche
et pourtant avec des codes différents de Paris situent leur action
à Londres. Et c'est vrai que on se sent ailleurs, tout de suite (en
plus l'accent anglais, j'adore). On passe près de grands immeubles
et je sors à Fabio "Ah on comprend mieux les Granbretons vus par
Moorcock avec sa description des édifices malsains".
Nous arrivons chez lui assez vite et l'appartement est... fabiesque. Cela
signifie très confortable, grand et sans doute très cher (mais
Fabio n'a jamais mégoté pour ce genre de trucs).. deux salles
de bain tout de même et une vue sur la Tamise. Après le repas,
Fabio se jette sur son ordinateur, regardant les sites de rencontre où
il est inscrit. Je tique un peu quand il me dit "j'ai vécu un
truc tellement fort pendant un mois et demi que je veux retrouver la même
chose" car ça fait fortement penser au drogué cherchant
sa dose. J'observe un peu avec lui et j'ai un peu de mal à l'entendre
dire oui ou non en quelques secondes en lisant une fiche... Ca me fout la
trouille un peu, voire me paraît un peu une méthode digne du
supermarché (oui j'ai du mal à me dire que c'est un moyen "normal").
Fabio me dit "Franchement Cego, tu lui dirais "oui" à
une fille dans ce genre??".. et je réponds "Franchement,
je me vois pas dire "non" à quiconque (sous entendu "sur
une simple fiche")... ni "oui" d'ailleurs en fait" . Alors
l'écrémage se fait très vite "Deux enfants, non!
Trop jeune, non!, Elle parait plus âgée sur sa photo que sur
son profil, non!.." Il y a des fois où ça sent le plan
bizarre (voire foireux), celle qui est très intéressée
par Fabio et qui habite aux Philippines ou en Russie (sic) ou celle qui cherche
des rabatteurs pour des parties de poker...
Le lendemain matin, je décide de me bouger un peu. Fabio travaille
le matin, je me lève et pars en même temps que lui et décide
d'arpenter un peu Londres sans lui. Nous allons vers son bureau; traversant
le quartier de Raven Wharf (c'est pas le bon oiseau mais je me méfie
de certaines requêtes via les moteurs de recherche). C'est tout neuf
(des anciens docks réhabilités apparemment) et c'est immense,
une sorte de La Défense en plus grand et moins vieillot. Il me fait
passer par les centres commerciaux souterrains, et nous prenons le petit déjeuner
dans le magasin d'une chaine de restauration (au nom français). Je
me moque des viennoiseries mais à mon grand étonnement, le croissant
est délicieux. Fabio m'explique que la société qui gère
le quartier est très pointilleuse sur qui s'implante ici (puisque les
gens autour ont de l'argent). Forcément le tout est très fliqué
avec des caméras partout, mais c'est bien un des paradoxes anglais
où on trouve intolérable l'idée qu'on puisse demander
son identité à un citoyen anglais dans la rue (donc les cartes
d'identité n'existent pas) mais où on l'admet les caméras
partout ainsi que les gens qui participent, par millions, au "neighbourhood
watch". On n'a pas les mêmes notions d'atteinte à la liberté
individuelle on dirait...
Je laisse Fabio travailler et me rends à la station de métro. Premier choc,
alors que mes souvenirs étaient vraiment ceux d'un métro merdique
et vieillot, là, c'est nickel (mais la ligne est assez neuve). Très
bien indiqué, éclairé, vraiment rien à dire. Je
comprends pourquoi ça s'appelle le "tube" car c'est presque
un cylindre s'enfonçant sous Londres.. et un cylindre pas très
grand. Debout près de la porte, on touche vite le plafond, et pourtant
je ne suis pas bien grand. J'ai même failli y laisser ma mèche,
c'est dire.
Je sors pas loin de l'abbaye de Westminster m'aidant de quelques guides dont un qui propose des balades dans la ville. Après avoir fait le tour de ce coin ci, je remonte vers Trafalgar Square observant les préparatifs pour la grande soirée à venir. Un petit tour dans un cybercafé pour passer quelques coucous, puis je continue vers the Strand, Charing Cross et Temple. Il fait plutôt bon et j'ai l'impression que la ville a été désertée. Ensuite je remonte vers la porte St John, me balade un peu aux alentours et rejoins la station Old Street pour retourner à Raven Wharf. C'est là que j'ai un gros doute sur la ligne à prendre et je me rends compte que les lignes n'ont pas des lettres ou des chiffres mais des noms (ce qui est nouveau pour moi par rapport à Paris, New York, Rome)... et qu'il faut que je prenne la Northern, même si je vais vers le sud. Chat échaudé craignant l'eau froide, je voulais éviter de prendre le mauvais train comme à New York. Fabio sort de son travail et nous faisons les courses pour le réveillon. Nous mangeons dans un restaurant.. français où on nous envoie une serveuse française. Ambiance accordéon un peu bizarre et un repas correct. Nous parlons un peu de ce que j'ai vu, les immeubles et le gens bien entendu. A première vue, ce n'est pas si décalé que ça, même si il y a certaines tenues assez légères pour la saison, il faut bien l'admettre. Après le repas, nous retournons chez Fabio et, tombant de fatigue, je lui annonce que je vais me reposer... Je ne sais pas si c'est l'air frais de Londres ou quoi mais je m'écroule pendant plus d'une heure.


Le soir, nous fêtons le réveillon en petit comité. Je n'ai jamais aimé la Saint Sylvestre et la sensation de "devoir" faire la fête. Là, avec Fabio, j'ai l'impression que c'est une soirée sympa entre copains, et non une soirée de réveillon. D'ailleurs, ça ne se termine pas trop tard et j'observe de loin le London Bridge illuminé par les feux d'artifice... une heure après ceux qui fêtent la nouvelle année en France, ça donne l'impression d'être très proche et pourtant décalé.
Le lendemain, nous démarrons plus tard. Fabio fait un peu de sport et nous
sortons déjeuner dans le centre ville. Fabio me demande si j'ai eu un message
de Rodrigue pour la nouvelle année.
Je lui rappelle qu'il est aux Antilles et que donc il ne faut pas trop y compter.
"C'est dommage qu'il ne soit pas venu" me dit-il. "Bof, tu
sais, je voyais gros comme une maison qu'on ne les aurait pas vus, ils auraient
logé dans une maison de la diaspora libanaise et auraient dû
voire tous les cousins ou autres sur un week-end. Et puis, il aurait pu prévenir
un peu avant que ce n'était pas possible pour eux." Fabio est
d'accord avec moi et on parle un peu du cas Rodrigue et la voie qu'il semble
prendre...
Il est prêt de midi, alors avec un de ses amis français, nous
prenons le métro vers Covent Garden. Le restaurant est français
(ou du moins le nom et le menu même s'il est écrit "poison"
au lieu de "poisson"), encore et le serveur aussi. Me rappelant
aussi deux filles croisées dans le métro sur le trajet dont
une au regard clair hallucinant (et accompagnée d'un golgoth), françaises
toutes les deux, je commence la conversation en disant "Bon alors c'est
simple, s'il y a une fille mignonne à Londres, elle est surement française".
"Fais pas chier", répond Fabio qui se remet d'une liaison
avec une Anglaise. Je continue "Non mais c'est quand même dingue
le nombre de Français, ici, et pas que comme touristes". J'apprends
que près de quatre-vingts mille Français sont recensés
au consulat mais qu'on estime qu'il y en a trois ou quatre fois plus en vrai.
Je leur demande si ça ne dérange pas les Anglais de voir les
hordes de Français prendre leur travail (et pour les petits boulots,
accepter des conditions de travail qu'ils n'envisagerait même pas de
prendre en considération en France). "Ah non, on n'a eu aucune
réaction négative. Tu sais pour eux, c'est simple : la France
a payé notre formation et on vient travailler ici, c'est tout bénef
pour eux". Effectivement vu comme ça, c'est pas idiot. Nous parlons
aussi du "quatrième", l'autre membre de notre groupe de colle
qui est venu ici (se réfugier de sa mère?) et qui a un peu tout
fait, même si aux dernières nouvelles, il parait plus stable.
Je me rends compte avec effroi que je n'ai même pas songé à
lui dire que je serai dans sa ville, c'est dingue comme il m'est devenu étranger.
Fabio me dit qu'il ne l'a vu que deux fois depuis qu'il vit ici.
En quittant le restaurant (où des inconnus nous souhaitent la bonne année, c'est bizarre d'ailleurs), nous repartons vers Leicester Square puis Soho, sous une grosse pluie. Fabio me parle de ce quartier "alternatif" où on croise les sièges de boites de communication, des magasins un peu chauds, des restaurants bio etc. On entre dans une boutique vendant des affiches, cartes... où le pire (glauque) côtoie des choses beaucoup plus classe voire glamour.. C'est juste bizarre de voir les deux ensemble. Après un passage au Virgin pour prendre un DVD pour le soir (ici on ne loue pas, tu payes et puis c'est tout, faut faire marcher le commerce, coco), on rentre par le métro (en recroisant la fille et son golgoth, d'ailleurs) puis nous dînons et regardons un peu ledit DVD..
Le lendemain, il est temps que je parte. Fabio m'accompagne en métro cette fois ci. Nous avons cinq minutes avant le départ du train alors, en plus des remerciements d'usage, je lui parle de son ex, celle qu'il finance et avec qui il n'a jamais été vraiment (d'après ce que j'en perçois). J'y vais avec des gants car c'est un sujet très dur à évoquer. Il dit d'un ton calme, que je me trompe et répond à mon "pourquoi t'as le sentiment de tant lui devoir?" en insistant sur le fait qu'ils sont restés très longtemps ensemble et qu'elle lui a beaucoup apporté. Je n'ose pas lui dire que pour moi, ils n'ont pas vraiment été si longtemps ensemble (une heure de coup de fil par jour ne fait pas une relation.... et puis certaines fois elle était aussi avec d'autres apparemment) et que son raisonnement tient assez mal.. même si elle lui a peut être apporté beaucoup. Je suis partagé car je ne veux pas le mettre mal à l'aise et j'ai le sentiment qu'il pense s'être expliqué assez sur la question et que j'ai compris et accepté son point de vue, alors que ce n'est pas le cas.. Mais en cinq minutes sur un quai, comment faire autrement, si on veut se quitter sans se disputer. Car ces quelques jours avec lui, les premiers depuis longtemps m'ont montré que c'est un vrai ami, Fabio et que ça fait du bien de nous accorder un peu de temps... et que j'aurai dû répondre plus tôt à l'appel de Londres.

Commentaire(s) :
Warning: mysql_query(): supplied argument is not a valid MySQL-Link resource in /mnt/108/sda/0/0/cegosum/commentaires-2.0/commentaires/config/fonctions.lib.php on line 47
Warning: mysql_fetch_array(): supplied argument is not a valid MySQL result resource in /mnt/108/sda/0/0/cegosum/commentaires-2.0/commentaires/config/fonctions.lib.php on line 48
[] 