Lundi
31 mai 2010
Voyage en Californie : Yosemite et entrée dans Death Valley
J'arrive
à Folsom avec un peu de retard. Comme convenu, j'ai rendez-vous dans
une sorte de zone commerciale où il y a "un bon resto mexicain qui ne
paye pas de mine", dixit le SMS de la personne que je vais voir. Je
connais cette personne via un site internet le même que celui qui m’a «
permis » d’aller en Ecosse
ou à Venise. Il
fait partie des deux que j’ai contactés mais a été le seul à me
répondre (cela dit, je me demande comment j’aurais pu ajouter un
passage à San Jose dans mon itinéraire).
Les jours précédents, nous étions convenu de manger mexicain (je n'ai
pas vraiment eu ce genre de repas depuis que je suis arrivé) et dans un
endroit sans chichi. Je le retrouve donc dans ce resto qui tient
surtout du self/restoroute. Bon Ricain, quadra, prof de musique
(trombone) au collège, il doit faire deux fois ma taille et quatre fois
mon poids. Il m'aide à choisir mon plat (on peut parler en anglais ouf)
et on s'assied à l'extérieur sous le son des hauts parleurs (télé,
radio ?) qui gueulent du foot (soccer) mexicain. Au sujet de mon
itinéraire, c'est lui qui m'avait conseillé d'aller à Muir Woods
("Entre faire un détour pour manger avec moi et voir Muir Woods,
franchement, va voir les séquoias") et je ne regrette pas de l'avoir
écouté. C'est vrai que je fais un détour pour lui ce midi. Surtout
qu'après avoir mis à plat le reste de ce que je peux faire et avoir
demandé son avis, je décide de faire une croix sur Lake Tahoe, trop
loin (et peu "original"... un lac dans la montagne, it's déjà
vu), je ne veux pas juste y aller pour cocher la case "j'ai
vu (mais n'y suis resté que dix minutes)". Donc je le vire de ma liste
et me prépare à me diriger plein sud vers Yosemite. Je quitte mon
compagnon de repas (en lui donnant du chocolat helvète), fais le plein
(il était temps) puis prends la route 49.
Il
m'avait dit que la route est petite mais assez jolie. Elle serpente à
travers les collines où on a trouvé de l'or en 1848. A part cela, pas
grand chose de notable. Je m'arrête juste pour faire une pause à Sutter
Creek, Columbia et Jamestown mais franchement, rien de très folichon à
part un petit côté western par endroits.
Comme tu le sais sans doute, Toikimeli, le park de Yosemite est grand
et dormir "à proximité" est relatif (à moins d'être dans le park lui
même). Je m'arrête à Groveland, petite bourgade un peu en altitude. Je
repère l'hôtel Charlotte mentionné dans
le Lonely Planet, me gare et entre pour demander s'il y a une chambre.
Pour cela je dois patienter cinq bonnes minutes que les personnes
devant finissent leurs tractations (ils représentent un groupe
religieux de quelques dizaines de personnes qui logent dans des
bungalows à l'extérieur... forcément la logistique cela prend du temps
avec autant de monde). La personne à l'accueil est super affable, oui
il y a une chambre pour moi et à un prix raisonnable (100$ avec petit
déjeuner), de toute façon j'ai peu de choix. Il n'est pas possible de
dîner en revanche puisque le salon est réservé pour une dégustation de
vins, sur invitation (ce soir seulement). Ca a l'air d'avoir quasi
commencé et il y a déjà une bonne ambiance. Je monte dans ma chambre,
qui est très... désuète on va dire (et un peu kitsch, comme l'hôtel en
somme) puis sors pour trouver un endroit où manger. La réceptionniste
m'avait conseillé un endroit mexicain (merci mais j'ai déjà fait ce
midi), un hôtel concurrent (la cuisine n'est pas ouverte) ou sinon un
autre endroit un peu plus loin, à un petit kilomètre. Je m’y rends et
une voiture s’arrête à côté de moi, un gars me dit qu’il est venu ici
il y a longtemps et cherche un endroit où manger. Je lui donne mes
informations et il semble vouloir aller dans ma direction. Il se
propose de m’amener, je jauge la situation en général et le gars en
particulier et dit poliment que c’est gentil mais pas la peine. Trop
précautionneux, moi ? Peut-être.
Le restaurant en question fait en gros pizza et burger, bon c'est mieux
que rien et en tout cas c'est moins cher qu'à Monterey ou San
Francisco. Le soir, je rentre à l'hôtel où j'ai une connexion internet
gratuite sur un ordinateur antédiluvien. Dans le coin salon, y a des
gens qui papotent et je me mêle un peu à la conversation. Y a une
Québécoise anglophone (mais qui parle aussi le français, je ne me
priverais pas de placoter un peu après) qui est très nature et écume le
Park, ainsi que des personnes locales (très nord de la Californie, vu
comment elles détestent cordialement Los Angeles) qui parlent du vin du
coin (c'était le thème de la soirée) en disant du mal de vin français
(assorti d’un « sorry, dear » en préambule).
Bien entendu, on parle aussi de ce que nous avons vu lors de notre
voyage et la réceptionniste m'aide à trouver le meilleur moyen pour
aller de Yosemite à Death Valley : ce n'est pas si simple car la route
est-ouest qui traverse le park n'est pas encore ouverte (c'est prévu
pour juin cette année à cause de la neige). La route sud-ouest n'est
pas la plus directe mais elle marche. Quant à contourner le park par le
nord, cela me forcerait quasiment à revenir par la route 49 et à
repasser par Sacramento, bref hors de question. Tout cela m'aide à
définir mon plan : tenter d'avoir une vue du park puis dormir quelque
part à mi chemin de Death Valley. Je termine la soirée en parlant en
français avec la Canadienne.
Le lendemain, je me lève naturellement à 7h et file en vitesse prendre
un solide petit déjeuner (pancake, oeufs brouillés, saucisse) avant que
la foule des religieux n'arrive. Puis je pars (28936 miles au compteur)
vers Yosemite dont l'entrée est à
environ une heure de route.
Le paysage devient petit à petit plus montagneux et la neige fait son
apparition aux alentours. Je passe la guérite des rangers sur la route
et paye mon obole (20$) à la ranger qui s'y trouve (avec un chapeau
typique, cela fait très police montée canadienne dans Lucky Luke...
sauf le cheval) puis me dirige vers Yosemite Valley. En gros, c'est là
que tous les touristes affluent car c'est une vallée encaissée
(entourée de montagnes très élevées) facilement accessible. Pour le
reste du Park (95% de sa superficie), il faut prendre quelques jours de
congés, ainsi que son sac à dos (attendre l'été pour l'ouverture des
routes est une autre option). Au bout de Yosemite Valley, il y a
Yosemite Village où je me gare (difficilement car il y a des travaux).
Le temps est magnifique, la température est un peu fraîche à l'ombre, je crois que j'ai encore du bol. Je rejoins à pied le visitor center, vais voir l'expo du coin puis le film et enfin pars à "l'aventure" pour faire deux petits circuits, le premier assez généraliste (half dome notamment) et l'autre Lowest Yosemite Falls. Dans ce dernier parcours, y a un écureuil sur un tronc qui prend la pose ce qui est bien sympathique de sa part. Je le mitraille (photographiquement) puis l'indique d'un geste à un gros touriste lequel se retourne et me montre derrière lui, il y a un daim (ou un chevreuil.... enfin un petit cervidé sans bois... un dahut peut être ?). Eh ben la nature est peu farouche ici. Une fois les photos de cascades faites, je retourne au visitor center où j'achète de quoi me nourrir (rien de bien folichon) et suis bien les indications quant aux restes du repas (et aux miettes) à savoir direction poubelle. Les poubelles sont assez élaborées, il faut mettre la main dans une sorte d'étui et appuyer avec le bout des doigts pour l'ouvrir. C'est pour éviter que les ours ne viennent se servir. Et on jette la nourriture non consommée pour éviter que des petits animaux ne rappliquent et deviennent 1/ malades 2/ fainéants 3/ trop gras ce qui attirerait leurs prédateurs (le puma par exemple).
Après le repas, je prends la navette (moteur hybride) pour faire une petite balade vers Mirror's view. Un panneau signale qu'il y a des moutain lions (sorte de puma j'imagine) dans le coin et ce qu'il faut faire si on en voit (à part se dire qu'on a de la chance car c'est rare) : garder les enfants près de nous, ne pas tourner le dos, faire du bruit et se grandir pour lui faire peur (ou lui faire croire que le combat ne sera pas si aisé). Conseil final "if it attacks, fight back", j'adore... Précaution inutile, je n'en ai pas vu (mais je note pour plus tard, on ne sait jamais). Je souhaite faire une boucle mais le chemin n'est pas très bien indiqué et j'ai peur de me perdre ou de prendre un itinéraire bien trop long aussi je rebrousse chemin après avoir atteint le lac.
Retour en navette à ma voiture, je quitte Yosemite Valley et vais vers la sortie sud. Je me dis que cela va être chaud pour voir les séquoias de Mariposa Grove ET avancer ma route pour le lendemain mais je suis un peu aidé par le fait que Mariposa Grove est fermée aux voitures à deux miles des arbres. Je fais un rapide calcul : 4 miles aller retour à pied plus sur place au moins trois, cela parait vraiment trop long pour être jouable. Je quitte donc le park là (il n’y a personne à la guérite), bien content d'être allé à Muir Woods plus tôt dans la semaine. Bilan de la visite : Yosemite Valley c'est en effet le plus accessible. Honnêtement ce n'est pas super exotique (à part les séquoias) à moins de tomber sur un puma bien entendu. Le park vaut aussi car il a été le premier espace à être préservé (sous Lincoln tout de même) et à avoir une vision proto-écolo (qui n'a pas empêché qu'on massacre les Indiens y vivant). Le vrai Park à mon avis se voit si on y reste longtemps avec sac à dos et balade sur plusieurs jours.
Je prends la 41 vers Fresno puis la grande route (99) direction le sud.
En début de soirée, je m'arrête à Delano dans un motel situé pas loin
d'une zone commerciale (l'extase quoi, on dirait Chelles 2). Je demande
à quel prix sont les chambres, le mec me jauge brièvement et dit 50$,
soit vraiment pas cher (je me demande s'il a adapté le prix au fait que
je ne demandais pas s'il avait une chambre mais à quel prix). La
chambre est assez calme (nous sommes en bordure d’autoroute) mais
sinon, même pour moi qui suis facile à vivre, c'est à la limite du
convenable.
Je vais en quête d'un repas voire d'un ordinateur, à pied. Je finis
dans un resto de masse qui fait de la pizza basique (je suis bien
content d'avoir profité de bonne nourriture quand j'étais à Monterey ou
San Francisco). La serveuse est gentille comme tout, la bouffe est
passable, les boissons sont en recharge gratuite et la télé offre au
choix 1/ un concours de rodéo (tenir sur un taureau) 2/ les "exploits"
d'étudiants avinés pour leur springbreak au Mexique (où on fait toutes
les conneries qu'on n'ose pas faire à l'école)... terrible la culture
américaine. C'est là que la côte civilisée manque...
Le prix de la chambre inclue le petit déjeuner mais c'est merdique à souhait : dans une cuisine, du café réchauffé, quelques céréales, bagels, du lait au frais... ça fait vraiment carton-pâte à manger. Je "déguste" le minimum, fais le plein et m'en vais sur le coup de 8h (29152 miles au compteur). Je prends la grande route que je quitte à Bakersfield. Là, cela change du tout au tout car la route est quasi silaoesque avec en plus plein de poids lourds. Autant dire que ce n'est pas très agréable (et ma voiture n'a pas beaucoup de reprise...). Vers Lake Isabella, la route est plus normale et je me dis que je vais faire une pause. En plus, une ville en bord de lac, cela peut être joli. Peine perdue quand je prends la sortie : je ne vois qu'une grande route encadrée par des magasins, on se croirait à Coignières. Déçu je suis (mais j'aurais du lire le Lonely Planet "La cittadina di Lake Isabella consiste in una fila di negozietti all'estremità sud del lago"). Quelques kilomètres plus loin, je trouve où m'arrêter (dans une sorte de camping inoccupé) en bordure du lac. J'en profite aussi pour faire des photos en me disant que c’est là qu’ils auraient du mettre la ville.
Puis je continue ma route dans un paysage qui devient de plus en plus désertique. Juste avant Trona, je fais le plein, ne sachant pas où sera la prochaine station service (soyons prudents). Dans Trona même, je m'arrête pour manger. Je ne trouve qu'un endroit (mexicain) rempli par des locaux. La ville fait vraiment redneck avec son usine super imposante (qui sent le soufre et le sel) et à part ça, rien de bien folichon.
Je reprends ma route vers Death Valley car il me reste encore pas mal de miles à parcourir. Surprise, il n'y a pas de guérite à l'entrée du Park (bien plus récent, cela dit), un panneau dit juste "faudra payer 20$ à Stovepipes Wells ou Furnace Creek". Je m'arrête à Stovepipes Wells et demande s'ils ont des chambres pour la nuit. Désolé y a plus rien dans le Park, sauf si je veux mettre 350$ pour la chambre grand luxe. Faudra donc que j'aille à l'extérieur. Zut ! Mais bon, il faut dire que c'est la haute saison (il ne fait que 25-30° grosso modo). Je reçois une liste des hôtels des environs. Je rebrousse chemin de quelques miles pour aller voir Mosaic Canyon : des rochers très lisses sont en mille feuilles et forment une sorte de canyon. De retour au parking, un mec me demande si "là bas, il fait froid". Je le regarde bizarrement (il doit être 15h à tout casser et il fait une bonne vingtaine de degrés) quand je lui réponds.
Mon but est d'aller faire un tour au visitor center (Furnace Creek) alors je me rends là bas. En route, je m'arrête pour voir les Mesquite sand dunes (ça change de la pierre) et Harmony Borax Works, à l'endroit d'une ancienne mine de borax y a cent ans... (et encore maintenant à Trona). Un peu plus loin (en fait "bien plus loin" les distances sont grandes dans Death Valley), c'est Furnace Creek. "La" ville de Death Valley est minuscule... Je ne m'arrête qu'au visitor center où je paye mon obole et où un ranger m’indique les trucs à voir et les endroits où je pourrais dormir. Je fais mon itinéraire et opte pour un "grand tour" en allant aussi tout au nord vers Scotty's castle. Il est encore tôt aussi, je vais en profiter pour aller voir une partie qui est "en impasse". Cela commence par Zabriskie's point (pour les fans d'Antonioni) où il y a quand même un mec qui fait son footing (petit bras, reviens en été, on en recausera !!) puis, bien plus loin Dante's view. Dommage que je sois à contrejour (soleil couchant), cela limite la vue et les photos. Néanmoins le point de vue est assez impressionnant. Et puis il fait frais (on est en altitude, 1700m en gros). Je m'éloigne un peu du parking en me dirigeant sur un sentier qui va au loin. Sauf que de petit col en petit col, il n'a pas l'air de s'arrêter quelque part (et la nuit va tomber d'ici une heure) alors je fais demi-tour. Les deux retraités qui sont avec moi aussi, on a eu la même idée apparemment, pas trop envie de s'encalaminer là dedans. Sur le chemin du retour, on papote : ils viennent de l'Etat de Washington et sont là comme touristes. Ils ne parlent pas français mais leur fille est allée quelques semaines (mois?) dans une ferme à Carcassonne (putaing' l'accent). Comme ils connaissent un peu la région (mais eux ont une chambre à Stovepipes Wells), je leur fais part de mon itinéraire et ils disent que c'est une bonne idée.
En
repartant plein nord, je passe par 20 Mule team canyon, un défilé assez
étroit où les voitures se suivent en faisant une boucle rejoignant la
route principale. Ensuite cap au nord pour trouver où dormir. Je passe
la frontière du Nevada. Moi qui voulais ne rester que dans un Etat,
c'est raté. C'est marrant mais dès la frontière traversée, la route est
bien meilleure : ils doivent être plus riches au Nevada ! Je fais une
pause dans la ville fantôme de Rhyolite le temps de prendre deux photos
entre chien et loup. Puis j'entre triomphalement dans la ville de
Beatty (sans Warren bien entendu). Le premier hôtel est plein mais on
me donne l'adresse d'un collègue/concurrent qui devrait avoir de la
place. Je me trompe d'endroit (il faut dire que j'ai choisi Beatty pour
le nombre d'hôtels sur la liste donnée à Stovepipes Wells) et vais
ailleurs dans une petite cahute. Je suis reçu par trois personnes
vraiment jeunes, deux filles et un mec (petite vingtaine pour la plus
âgée, à vue de nez). « Il nous reste une chambre » (je l'impression que
je prends toujours la dernière chambre... ou bien on me ment) "mais
elle a deux lits" "Euh quel est le prix en gros ?" "53.41$" "Ah, ben ça
va, je prends alors. Si ç'avait été 200$, j'aurais eu plus de mal" Cela
les fait rire. Je rentre dans la chambre de mon motel : pour le prix
c'est vraiment très bien (y a juste un mec bizarre qui bricole son pick
up devant ma chambre).
Je dois me trouver à manger tout de même. J'entre dans un endroit mais
ils ne servent qu'à boire. Je vois une petite bicoque et y entre. Dans
ce boui boui couvert de posters locaux (ou "support our troupes"), il y
a une femme et un homme qui papotent au bar et un clebs qui aboie. La
femme est en fait la barmaid (propriétaire), elle repasse de l'autre
côté du bar, je lui demande si elle a à manger, elle me dit "du chili
con carne". Bon, OK ça changera des burgers et pizzas (et elle a reçu
des récompenses si j'en crois les affiches sur le mur). L'ambiance est
très redneck encore et je ne dis rien, essayant de manger mon chili à
la fois chaud et épicé (et plein d'oignons crus). Deux autres habitués
entrent et papotent avec le précédent et la barmaid. J'en profite pour
finir en vitesse et rentrer dans ma piaule car franchement je ne me
sens pas super à l’aise et n’ai pas envie de frayer avec les locaux.
Avant d’entrer dans ma chambre, je note que mon pneu paraît bien bas
mais il est tard et demain il fera jour.
Et il me reste encore une journée dans Death Valley avant le retour vers la côte