Vendredi 30 avril 2010

Voyage en Californie : de Los Angeles à San Francisco


Petit rappel : tout a commencé quand Greg a déménagé à Los Angeles, mais je ne le savais pas encore. Plus près de nous, tout a commencé à la fin de l'an dernier alors que je papote avec une collègue. Je lui dis "J'ai un cousin en Californie, un jour j'irais le voir sans doute" et elle répond "Tu devrais le faire parce que sinon tu ne le feras jamais". Jeune maman d'un bébé d'un an, je pense savoir d'où viennent ses réflexions. Cela dit, elle n'a pas tort, je ne dois pas laisser cela à un vague état de projet aussi je commence à réfléchir à une date. J'ajoute qu'il est possible que Fish Tank et sa chanson phare California Dreaming (même si j'ai plus de souvenirs avec la version originale) m'ait un peu hanté également.
Entre mes impératifs de boulot et une consultation de l'agenda de Greg etc, je m'oriente vers la fin mars. Totalement "hors saison" donc pour nous Européens. Je décide d'y aller en dilettante, faisant un tour de Californie (ce qui fait qu'au final, je verrais peu Greg et sa copine, ô ironie) et refusant par coquetterie d'aller dans d'autres États. Je réserve mon vol (escale en Europe, pas fou non plus), m'assure que mon passeport est encore bon (il y a un simili consulat américain pas loin : simili car je n'ai pas vu de nom officiel à l'étage où c'est supposé être. En revanche, y a deux vigiles qui demandent ce que vous venez faire puis vous fouillent de manière très méticuleuse (oui oui, dans le couloir à la sortie de l'ascenseur) avant de vous laisser passer la porte sécurisée à poil avec votre passeport (j'exagère à peine). Tout ça pour dire qu'il faut que je demande confirmation à Berne (ambassade), cela valait le coup... heureusement ce n'était pas loin de mon bureau, je ne me suis pas trop déplacé pour ça). Je réserve aussi une voiture et bénéficie d'un plan machiavélique de mon père au sujet du GPS. Je profite des semaines suivantes pour bouquiner le guide offert à Noël (ça plus l'énorme Lonely Planet "California" en italien que m'a passé ma collègue Clelia et que j'ai vraiment envisagé de laisser en Europe vu le poids... et mes notions d'italien), pour prendre contact avec des personnes que je connais sur place.

Le samedi de mon départ, je rejoins l'aéroport de Cointrin puis prends un vol direction Paris. "Le Temps" a un numéro consacré à l'image de la Suisse à l'étranger et un dessin humoristique dit "Notre réputation est bonne, les gens nous confondent toujours avec la Suède". Oui, il parait que Sweden et Switzerland, y a matière à mélange outre Atlantique.
Le vol est sans histoire jusqu'à Paris où je crapahute gentiment d'un terminal à l'autre (2E à 2F ou l'inverse), dix bonnes minutes en marchant d'un bon pas. J'ai pris des marges et mes bagages me suivent de soute à soute alors pas de stress. J'en profite même pour papoter un peu avec mon père (au Vietnam) via un ordinateur connecté. L'avion Paris-Los Angeles a une heure de retard au décollage et on bénéficie d'un autre contrôle appuyé des passagers dans le couloir entre l'aérogare et l'avion. Vol Air France en classe éco où je me dis que le numérique et les écrans individuels c'est super. On peut voir un film, mettre pause, changer la langue (peu de vost cela dit). Quand je me rappelle les vieux vols où il y avait un écran à 15m, bref rien à voir. Je mange, dors et regarde des films... (je recommande An Education d'ailleurs)
Arrivée à Los Angeles quasiment à l'heure. Habitué à JFK (à New York), je trouve la sale pour l'immigration beaucoup plus petite. On nous fait passer par une file "US citizens" et j'attends mon bagage, ce qui prend peu de temps. Je note au passage les "fabuleux" petits boulots ricains : y a un gars dont le job est de bien disposer les valises qui tombent sur le tapis roulant. Dès qu'un arrive, il le met sur la bonne tranche sur le tapis mais côté extérieur. Super... Je mens à la douane "non non je n'ai pas de produits alimentaires" ce qui me vaudrait sans doute cent soixante-dix septante neuf ans de prison et entre sur le territoire ricain.
Dans le hall, il y a plein de gens qui proposent taxis, voitures etc. Une dame noire avec un tag "officiel" demande si elle peut m'aider. Je lui dis que j'ai loué une voiture chez Alamo et elle me dit de sortir et aller vers le panneau violet, c'est tout proche et ça évite de prendre un taxi. Je la remercie, sors (il fait entre 15 et 20 degrés) et me dirige dans la direction qu'elle a indiquée. Je cherche en vain un parking avec un panneau violet et marche une bonne dizaine de minutes avant de me dire qu'en Californie (et surtout dans un aéroport), à pied avec un bagage, ce ne doit pas être la solution. Surtout qu'il y a des navettes "Alamo" qui passent de temps en temps. J'avance jusqu'à l'arrêt suivant... sous un panneau violet (gniiiii). Une navette (gratuite) arrive peu après, je monte dedans, m'assure qu'elle va bien au bon endroit et m'assieds. Je note que les gens sont très polis que ce soient les employés ou les clients (je me fais peu d'illusions, ils se moquent de comment on va, c'est juste une formule de politesse toute faite mais tout de même).
Arrivé après près de dix minutes de bus chez Alamo (ils sont Fort), je me dis que j'ai bien fait de pas y aller à pied... Je sors ma réservation, mon permis de conduire et un employé me demande si j'ai besoin d'un GPS (non merci j'ai déjà raqué^^) ou si je compte rester en ville. Je lui annonce que non je vais faire un tour dans l'État. Il m'incite fortement à prendre une voiture plus grande (et plus chère accessoirement..) car la classe Economy c'est tout petit. Je le remercie de son attention mais ne cède pas. Il me dit alors d'aller dans le garage et prendre une voiture "Economy", celle que je veux. Ah c'est assez étrange. Je vais au parking et trouve cinq voitures. Une a une plaque du Texas, c'est niet direct. Je délaisse aussi celle immatriculée en Arizona pour prendre une voiture locale. Mon premier choix n'a pas de clé (sic) alors je prends la suivante. Kia Spectra grise, ça va très bien. J'appréhende un peu pour la boîte automatique mais, une fois passés les 500 premiers mètres, cela se passe bien. Je règle le GPS sur l'adresse de Greg et quitte Alamo. 28150 miles au compteur de la voiture.

Je fais une confiance aveugle au GPS (qui lit très mal l'anglais, à savoir que "Oak St" devient "Ohakeu Esté") et passe d'une autoroute à l'autre sur une dizaine de miles. Je me gare pas bien loin de chez Greg et trouve la porte d'entrée avec un peu de mal (c'est moins évident que ça en a l'air). La baraque est grande, avec un petit jardin devant, le tout très classe (ils ont été virés sans préavis par leur proprio précédent... Là c'est les parents de la copine qui co-finance l'appartement). Il est près de 18 heures quand j'arrive et ils m'attendent. Après avoir un peu papoté du programme du lendemain et offert quelques cadeaux (j'avais un veto sur le chocolat aussi j'ai ramené du fromage empaqueté sous vide et un film français correct et plutôt récent avec sous titres en anglais ce qui est une gageure à trouver.... "Je vais bien, ne t'en fais pas" j'espère que cela leur plaira), on part pour un bar à vin situé à proximité de chez eux. Ça tombe bien, je commence à avoir faim.
Le bar/resto est bien plein, on a le temps de boire un verre avant de s'asseoir puis de commencer à manger (en plus la serveuse est mignonne). Je rigole un peu sur la terrasse chauffée car il fait vraiment bon, mais c'est vrai qu'une fois la nuit tombée, c'est nettement plus frisquet. Trahi pour mon wondeurfoul aczent (ou bien parce que je parlais en français à Greg) mon voisin, un homme d'une soixantaine d'années s'adresse à moi en français. "C'est assez classique dans ce bar" me diront Greg et sa copine plus tard, l'ambiance est assez décontractée et les gens sont amenés à pas mal parler avec les autres (la disposition des places aidant, j'imagine). Bref, on papote un peu en différentes langues (origine, métier, ce qu'on a fait aujourd'hui etc), Greg donne sa carte de visite. Vers 21h, nous sommes à la maison et j'avoue que je commence à me sentir un peu fatigué. Puisque le lendemain, c'est passage à l'heure d'été, je me dis qu'il est une heure acceptable pour dormir sans me réveiller le lendemain aux aurores.

Le lendemain, je me lève vers les huit heures après une bonne nuit (cela fait une bonne heure que je suis plus ou moins éveillé, j'encaisse bien le décalage horaire, pourvu que cela dure, Toikimeli). Je profite d'être le premier debout pour me doucher puis je prends un petit déj avec Greg. Le frigo est intégralement bio et Greg fait des étirements le matin pendant que je bouquine une revue sur un ashram québécois (c'était juste une pub dans le magazine mais je trouve ça rigolo quand même). On croise sa copine qui va partir faire du sport alors que Greg et moi allons quitter la ville direction Santa Barbara. On fait une pause au supermarché (bio) du coin. J'apprends naïvement sur le parking que si quelqu'un demande du "change", ce n'est pas de la monnaie sur un billet mais juste du pognon tour court (dit d'une manière plus polie ou détournée). Après quelques achats, je m'étonne qu'à la caisse on peut demander à payer plus que le montant (par carte bancaire), la différence étant rendue en billets, c'est assez ingénieux.

Pacific Coast Highway Pacific Coast Highway et ma voiture

Une fois ces achats effectués, on hit the road le long de la pacific coast highway (en écoutant Telegraph Road de Dire Straits parce que c'est quasiment LE bon endroit... Un peu de Led Zep aussi). On croise pas mal de gens à vélo ou des gens faisant du rollers avec la poussette et bébé devant eux et des bikers bien entendu, la Harley n'allant pas bien vite mais quand on est limité à 55-65 mph de toute façon, autant faire du cruising plutôt que de la vitesse. Il y a peu d'endroits où s'arrêter donc j'ai peu l'occasion de faire des photos. On arrive un peu en avance à Santa Barbara quasiment deux heures plus tard et on envisage un moment de faire une pause sur une plage un peu au nord... sauf qu'elle est trop au nord. Pendant le voyage, je parle avec Greg. Il décrit son quartier comme bohème qui s'embourgeoise. Certaines personnes ont acheté une maison y a trente ans et la valeur s'est envolée. Mais il y a toujours une maison un peu louche avec beaucoup de voitures qui s'arrêtent pour très peu de temps, il pense que c'est un dealer qui vit là. Greg se plait bien en Californie : son employeur ayant merdé sur son poste, il a des soucis de carte de séjour. Pour que ce soit plus simple, il va se marier avec sa copine (nationalité américaine) cet été en petit comité. Elle n'était pas super partante (elle a divorcé juste avant de le connaître) mais c'est le mieux à faire (et accessoirement, ils s'aiment). Suite à des comparaisons avec mes parents (quarante de mariage cette année) où je crois qu'il se leurre un peu sur le côté si "parfait" de leur relation (mais ses parents ont lui ont divorcé, alors forcément), il me dit qu'en termes de famille dysfonctionnelle, chez nous, c'est rien par rapport à chez sa future femme : un mariage indien traditionnel entre personnes ne se connaissant pas et restant ensemble pour les apparences, cela ne mène pas forcément à la félicité au quotidien...

Vers 13h, nous sonnons chez un pote et son épouse. Je le croise sur le net depuis quelque temps : c'est un Français (et sa femme donc) installé en Amérique depuis sept ou huit ans, d'abord en Amérique latine puis en Californie. J'ai pas mal hésité avant de le contacter car il est assez incisif et provocateur sur le net, le genre de comportement qui me met peu à l'aise (et qui lui crée pas mal d'inimitiés, en plus). Mais finalement je me suis résolu à le contacter et on s'est donné rendez vous pour le déjeuner vu que c'est sur ma route.
Quand il ouvre la porte, il a un look très californien désinvolte (short, t shirt, tong, pas rasé, queue de cheval). Il me dit "Ben alors, t'as pas ton T shirt de Bondi Beach !" (je lui avais dit que les vrais surfeurs étaient en Australie et que je pourrais le vanner avec un T shirt du cru). "Non finalement j'ai pas osé, t'avais dit que je me ferais casser la figure !!". On fait les présentations, le tour du propriétaire puis on s'installe dehors près d'un barbecue bizarre : il y a une sorte de tube en métal avec une partie où on met du charbon et une autre où on met du papier : quand le papier prend feu, cela fait chauffer le charbon et y a plus qu'à renverser, hop les braises sont là. Le repas est très sympathique, pantagruélique et se termine sur une petite douceur ramené d'Europe (des Carambars... vu que c'est son genre d'humour...). Niveau bouffe, lui et sa femme ont trouvé y a un an une vraie fromagerie, du coup ils se sont fait une tartiflette... en août pour fêter ça. C'est dur le manque.
Je fais aussi la connaissance de leurs chats : une est une trouillarde alors que l'autre n'est pas farouche et adore venir se montrer surtout quand on est proche de l'eau (il adore ça). Après le repas, on ramène Greg (qui a donné à nouveau sa carte de visite, ah le networking à la ricaine^^) à un arrêt de bus où il pourra rentrer sur Los Angeles. Au bout d'un moment, je demande "Le bus aurait dû être là... ou c'est moi qui suis devenu trop suisse ?". Comme je m'y attendais, c'est la deuxième solution, il paraît que cela existe des bus avec cinq minutes de retard après tout. On en profite pour parler des horaires à la sud américaine... ou le look des gens du coin du genre short de plage et bottes fourrées quand il fait plus de 25°C, la grande classe. "Mais ils ont un vrai problème avec la nudité ici. Même les gamines de cinq ans sur la plage ont un haut de maillot de bain, c'est fou".
Une fois le bus parti, on fait un tour en ville (petite mais très jolie, typiquement le cliché californien), hélas, il est trop tard pour monter en haut du County courthouse. Je note un panneau vers un "botanical garden". Mon hôte me dit "ah oui il est pas mal". 17h, trop tard pour y aller. Je réponds "J'ai une copine qui est complètement accro, je pense à elle dès que j'en vois un, c'est tout. On rentre chez eux puis je demande au gars s'il a une idée pour la route à prendre et comme endroit pour dormir. Il me conseille Cambria, à côté de Hearst Castle puis Monterey. Je le remercie et me dirige par là sauf que le GPS tient à me faire passer par une route plus directe mais plus petite que l'autoroute, je ne suis pas sûr d'avoir gagné du temps au final. Enfin je découvre le concept de "Adopt a highway" qui est une manière à peine masquée de faire de la pub sur les autoroutes.

N'ayant qu'une carte routière de l'Ouest, du Canada au Mexique, passée par les parents, je m'arrête dans des stations service pour acheter une carte un peu plus précise mais je fais chou blanc. Cela dit, un pompiste est vraiment navré de ne pas pouvoir m'aider (les gens sont gentils, cela se confirme). Lorsque j'arrive à Cambria, il fait nuit. Mon GPS ne me sert pas à grand chose car la ville (le village) est séparée en plusieurs coins suivant si on est au bord de la mer ou pas. J'arrive à trouver le "centre" et vais un peu au hasard dans un motel, le Bluebeard Inn : 58$ la nuit (64 taxes incluses), ça me va. Je me demande si je vais manger mais rien ne me tente et puis je n'ai pas très faim, cela ne me fera pas de mal d'y aller mollo ce soir. Je me couche assez tôt en maudissant les murs épais comme du papier de cigarette et mes voisins qui regardent la télé. D'une manière générale pendant ce séjour, c'était très "lève tôt, couche tôt".

Réveil naturel à 7h et départ à 8h après avoir mangé en vitesse du cake et but du chocolat au lait froid. 28380 miles au compteur. Je suis la route puis monte dans les collines pour arriver pile à l'heure à la première visite de Hearst Castle à 8h20 (24$). Nous sommes 16 personnes dans le bus à assister au "tour de base". Le temps est encore une fois magnifique et le site est gigantesque. Je n'en avais pas entendu parler et je ne pensais pas qu'un truc comme cela existait. Un domaine énorme où un milliardaire a fait construire des maisons, un zoo, des bassins pour son plaisir : il y invitait ses amis. Un jeune réalisateur l'a brocardé dans les années 1940 en le singeant dans le rôle titre de "Citizen Kane" (eh oui Xanadu, c'est ça). Depuis, le zoo a fermé, une fondation maintient les bâtiments et fait visiter le décor hallucinant (pillé à droite et à gauche d'ailleurs). Cela sent le jasmin et le miel dans le jardin et ces douces odeurs aident à oublier les idiots qui se prennent en photo dans des poses débiles, lui derrière la caméra et elle avec un air entendu pointant le plafond "oh le joli plafond" ou une statue "oh le beau lion", pathétique. Dans la salle de cinéma privée, on voit Chaplin jouant au tennis contre un vainqueur de Wimbledon, bref c'est la folie Hollywood époque années 1920-30. De retour au visitor center, je vais voir un film de 40 minutes sur Hearst puis je reprends la route vers le nord, m'arrêtant juste pour voir une colonie d'éléphants de mer qui lézardent (si j'ose dire) au soleil.

Sympa la piscine ! Sympa la vue !
Sympa la salle à manger ! Ca lézarde sec !

Je reprends la route de la côte et là cela devient plus sauvage avec routes à lacets (et des travaux), un peu comme la Great Ocean Road australienne. L'endroit est connu pour sa forte brume mais là j'ai grand beau, je profite. J'ai aussi mon réservoir qui commence à se vider alors par mesure de précaution, je remets un peu d'essence dans une rare station service (où le gallon est moitié plus cher qu'à Los Angeles...).
Je voulais voir Big Sur, m'attendant à un village typique au bord de l'océan. En fait c'est plus une zone mal définie dans la forêt, il n'y a pas d'endroit spécifique comme je m'imaginais. Il est près de 14h quand je m'arrête au Nepenthe : le guide de Clelia dit que la vue y est splendide. Et c'est vrai que c'est magnifique, la baie est grandiose ! Je prends une place en terrasse face à la falaise (et aux piafs qui piquent les sachets de sucre sur la table). Ma voisine (la soixantaine) engage la conversation demandant si cet endroit était dans mon guide (que je feuillette en attendant mon plat). Je réponds par l'affirmative, elle me dit que c'est un bon guide alors (et j'ai fait baver Clelia car elle y est allée aussi mais n'a rien vu car c'était très nuageux ce jour là). Ma voisine et son mari viennent de Californie mais habitent à une heure au nord. Je dis que je vais dans cette direction puis quitte le restaurant en passant par le magasin où il y a des robinets qui coulent dans un seau comme par magie (y a forcément un truc).

Big Sur Big Sur

Peu de temps après, j'arrive à Carmel-by-the-Sea, petite ville qui fait très "vieux sud" (dixit moi qui n'y suis jamais allé). J'y fais le plein, tire de l'argent puis vais à la poste pour acheter des timbres (pas forcément la meilleure idée quand la ville est connue aussi car les gens doivent aller chercher leur courrier à la poste, ils ne le reçoivent pas chez eux). Un homme fringant et de mon âge me serre la main et me donne un prospectus. Il est candidat à la mairie (successeur du successeur du etc de Clint Eastwood) mais je ne vote pas vraiment ici.... Je trouve un cybercafé dans le coin et envoie des nouvelles à ma famille (en plus de m'inscrire).
Je pars vers Monterey tout proche et prends l'hôtel le moins cher du Lonely Planet, situé tout de même dans un bon quartier de la ville. Dans ce Holiday Inn, il ne reste plus qu'une chambre à 130$, petit dej inclus, ouch (la moins chère était à 110 cela dit). Je prends quand même, cela m'évite de plus chercher. Il est 18h ce qui est trop tard pour visiter : je fais un tour sur Cannery Row (la ville est réputée pour avoir été une métropole de la pêche à la sardine, si vous avez lu Steinbeck ça devrait vous dire quelque chose) puis finis dans un très bon restaurant local même si le nom ne paye pas de mine (The Sardine Factory). La carte des vins est fabuleuse (par exemple Chateau Yquem 1949, 2800$, Romanée Conti 2005, 3700$, Haut Brion 1982, 1600$, Lafite Rothschild 1870 (oui oui 1870) : 9995$, Latour 1937, 2495$), le repas est très bon et à base de poisson. J'ai juste du mal à me remettre du vin (pourtant seulement un verre et non pas de ceux écrits plus hauts) et je suis un peu fatigué quand je rentre à mon hôtel.

Steinbeck

Le lendemain, je me lève assez tôt (et en bonne forme), bien trop tôt pour l'ouverture des musées du coin. Je prends ma voiture (28497 miles au compteur) et me dirige vers Pacific Grove (la ville juste à côté) puis son célèbre 17 miles drive, une route privée (donc payante) de 17 miles (comme son nom l'indique). Sur le principe, cela m'embête un peu de payer pour accéder à une voie mais je m'acquitte de mon obole (9.25$) pour voir les environs. C'est une route en partie dans les bois (au milieu de maisons cossues et de parcours de golf) et en partie en bord de mer. Sous ce soleil matinal, c'est assez beau et sauvage et je prends (comme tout le monde) des photos du Lone Cypress (retenu par des câbles mais chut faut pas le dire.... c'est un symbole du coin, le fluctuat nec mergitur local).

La côte sauvage du 17 miles drive Le cyprès solitaire (arrimé)

Je sors du drive à Carmel-by-the-sea où je vais à la Mission San Carlos Borromeo, une des mieux préservés des environs. Cela donne une dimension espagnole à la Californie, rappelant l'époque de Zorro avant que la Californie ne rejoigne l'Union. Tout le long de la côte, il y a des missions situées à une journée de marche (cheval ?) l'une de l'autre et allant jusqu'au Mexique (Basse Californie). L'entrée est pas trop chère (6.5$) et je suis au milieu de visites scolaires. Après un tour au cyber café (où on est très généreux sur le quart d'heure facturé, cela compense avec l'ordinateur en panne de mon hôtel), je retourne à Monterey en passant par le 17 mile drive (j'ai payé pour la journée !!), ce qui déplait fortement au GPS. En chemin, je me rends compte que ma batterie d'appareil photo est vide et qu'il faudrait peut-être que j'en trouve une de rechange pour pouvoir jongler entre les pleines. Je me gare à l'hôtel, pars sans appareil vers le port.

La Mission

La balade est plus longue que prévue (un bon kilomètre en bord de mer) et je me dis que c'est chouette d'avoir des phoques de port (harbor seal) en ville. Je me rends au Monterey State Historic Park mais le musée de la marine est fermé pour un an (travaux), zut. La Pacific house (avec exposition d'objets native American) devrait être ouverte si j'en crois le panneau mais impossible d'entrer. Je me rends au Custom House juste à côté qui est un bâtiment de trois salles où sont entreposées des marchandises qui à l'époque attendaient le visa (et la taxe) du gouverneur local avant d'être amenées sur le territoire. Le tour est vite fait. La tenancière des lieux est étonnée de savoir que je me suis cassé le nez à la Pacific House et me conseille d'entrer par l'arrière. Je la remercie et essaye... en vain. Tant pis.
Je retourne à pied vers Cannery Row en m'arrêtant quelque part pour manger une salade (et un cookie). Cannery row était sans doute une artère remplie de vie avant la dégringolade de la pêche à la sardine. Maintenant, cela fait plus grande rue touristique célébrant son glorieux passé. Mais au bout de la rue, il y a l'aquarium qui est assez connu. Il est 15h et quelques quand j'y entre (25$) et j'y reste jusqu'à la fermeture. C'est vrai qu'il est impressionnant : très grand, très divers et très éducatif comme les Américains savent souvent le faire. J'assiste au repas des pingouins (il y a plein d'enfants qui observent) et les intervenants sont très pédagogues et très tournés vers l'écologie. Idem pour une attraction, le "real cost café" qui monte un restaurant sur trois écrans où les acteurs donnent leur avis sur le poisson commandé par le spectateur (parmi un menu sur un écran tactile). On peut emporter un petit dépliant (Seafood watch) avec les mets qu'on peut manger sans souci (vert), avec parcimonie (jaune) ou jamais (rouge). L'aquarium est construit en bord de mer, près d'une grande fosse et est aussi à la pointe de soin des animaux. Je vais aussi voir une animation avec les loutres et on nous explique qu'on ne leur donne pas que de la nourriture toute faite mais aussi gelée dans des cubes de glace. Cela les force à taper le cube contre leur poitrine (ou la paroi en verre) comme elles font dans la nature avec des crabes. Quand je quitte l'aquarium, il est l'heure de dîner et je me dirige à nouveau vers The Sardine Factory (je l'ai bien mérité) en étant un peu plus économe que la veille.

Enfin un peu de brume, je me demandais si ça existait !

Le lendemain, je me lève naturellement à 7h30 : j'ai un planning assez relax aujourd'hui, je sais juste que je dors à San Francisco. Aussi, je décide de faire un footing en bord de mer (c'est aussi pour regarder le profil du tracé une fois que j'aurais téléchargé les données de mon chrono GPS sur mon ordinateur). Comme souvent en Californie, il y a plein de gens qui font du sport. Je note tout de même que je croise un gars genre "rockeur repenti, la quarantaine" qui promène un lapin (en laisse).
Je quitte l'hôtel et Monterey (28531 miles au compteur) dans la brume et cherchant un magasin où on vendrait des batteries (sans jamais trouver le bon modèle). Je me dis que j'aurais plus de chances dans une grande ville et pars vers San Francisco. Mais puisque j'ai un peu de temps, je vais faire un tour au nord de la ville, avant de rejoindre mon hôtel et me garer (pour de bon ?), profitant du beau temps (pas si fréquent dans ce coin là à ce qu'on m'a dit).

Anas et le Golden Gate Bridge

Vers 13h, je franchis le Golden Gate bridge (ralala, le nombre de fois où j'ai tenté de voler en-dessous avec un Cessna dans Flight Simulator II), sous un soleil radieux. Je me gare juste après et prends quelques clichés de la baie. Puis je continue vers Sausalito joli petit village côtier où on ne peut pas vraiment se garer (tant pis pour les photos). Je fais une croix sur le parking en bord de mer et m'arrête un peu plus à l'intérieur de la ville où je mange dans un resto japonais. Puis je pars vers Muir Woods National Park, un parc de sequoias qui sous le soleil est magnifique (et quasiment 20 degrés je dirais). J'opte pour la grande balade (très balisée) qui est bien plus courte qu'annoncée si on marche d'un bon pas.

Muir
Woods National Park Muir Woods National Park

Fan de How I met your mother, je ne résiste pas à faire la dizaine de miles jusqu'à Stinson Beach : la plage est belle (mais l'eau est glaciale, il parait). Je retourne vers San Francisco en retraversant le Golden Gate Bridge, payant (6$) dans ce sens puis je trouve mon hôtel, qui fait mi Bed and Breakfast mi maison de poupées (je partage WC et douche). On m'indique un parking à proximité (deux blocs) où je peux me garer pour un tarif préférentiel, à condition que je n'en sorte pas avant de quitter l'hôtel (j'ai bien fait d'aller à Muir Woods aujourd'hui, cela se confirme). Je défais mes bagages (je passe 4 nuits ici), compulse le Lonely planet qui conseille une trattoria à proximité, au coin de Mason et Union, la Contadina (le jour de la St Patrick alors que, par hasard, j'ai un T shirt vert). Je m'y rends (ça monte....), ça a l'air bien plein mais je trouve une table à l'étage. Le temps de dire trois phrases basiques au serveur, il me dit "T'es français ?"... damned ! Cela dit, il est Français de Louisiane par sa mère et a travaillé trois ans à Paris. Je retourne à l'hôtel en pensant à l'Auberge espagnole, au moment où Romain Duris arrive à Barcelone et ne connait pas la ville, ses quartiers, ne sait pas ce qu'il y a au bout des rues. Et là, je me sens un peu perdu, aussi je retourne dans mon hôtel. Après tout j'ai trois jours pour me familiariser avec la ville.

Legen (wait for it) dary! La plage "Devine d'où je t'appelle ?"

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"All the leaves are brown
And the sky is grey
I've been for a walk
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